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De
tout temps, les loups ont toujours fasciné les humains. Ils sont présents dans tous les domaines de la culture : la mythologie, la littérature, les arts, mais aussi les peurs et les fantasmes.
Le loup pullulait autrefois dans les vastes forêts qui s’étendaient entre les Vosges et le Jura. Au 15e siècle, de nombreux ravages furent signalés. Les officiers des seigneuries organisèrent plusieurs battues pour les détruire. "De 1617 à 1624, Louis-Frédéric de Wurtemberg en tua 108 de sa propre main, sans compter ceux qui tombèrent sous les coups de ses forestiers et des chasseurs qui lui tenaient compagnie". La région est alors sous domination autrichienne et lorsqu’un animal est tué, il faut apporter aux autorités la tête et les quatre pattes afin de toucher la prime prévue.
La guerre de Trente Ans qui survient ensuite ne fait qu’aggraver la situation. La population est en proie à des dangers bien plus graves que ceux causés par les loups. En conséquence, dans tout
l’Est, les loups se multiplient.
Durant l’hiver 1650-1651, le froid excessif, en janvier 1651 surtout, fait sortir les loups des bois et leurs déprédations se font sentir jusqu’à la fin du siècle ; plusieurs enfants en auraient
été victimes.
Pendant la période révolutionnaire et les guerres napoléoniennes, le loup en a profité pour se reproduire dans une relative quiétude. Il n’y en plus autant qu’auparavant, mais ils sont encore
présents en nombre.
Après une chasse impitoyable dont ils sont l’objet depuis la seconde moitié du 18e siècle, ainsi que l’utilisation des pièges et l’emploi de poison, leurs méfaits ne sont plus qu’épisodiques.
D’ordinaire le loup ne sort du bois que contraint par la faim ou la soif, en été durant les grandes sécheresses et lors des hivers particulièrement rigoureux. C’est alors qu’il se montre
dangereux, surtout envers les jeunes enfants. Sa dangerosité, bien qu’occasionnelle, marque les esprits et alimente les récits contés à la veillée. Les attaques les plus dramatiques se produisent
le plus souvent lors des étés de sécheresse, lorsque l’animal, poussé par la soif, se hasarde à paraître en plein jour. Les enfants courent alors la campagne à la recherche de fruits sauvages ou
mènent pâturer les troupeaux. Les grands frères et grandes sœurs emmènent souvent les plus petits avec eux et parfois le grand méchant loup, croqueur de petits enfants, surgit et conforte sa
réputation.
Le loup a marqué les esprits et la place considérable qu’il a occupée dans l’imaginaire collectif le démontre. Son souvenir se retrouve dans de nombreux toponymes, comme le trou du loup,
la gorge au loup ou le champ du loup,. Pratiquement chaque village possédait un endroit où l’on aillait jeter les animaux tués. On l’appelait le trou du loup ou
la corvée au loup.
En août 1832 sévit une chaleur excessive suivie d’une grande sécheresse. Le manque de pluie faisait tarir les sources dans presque toutes les campagnes. On craint que les loups et les chiens errants sortent du bois, tourmentés par la soif. Malgré les mises en garde des journaux locaux, un drame survient à Soppe-le-Haut : "Quatre petits enfants s’amusaient à un demi-quart de lieue du village, dans un chemin qui mène à Soppe-le-Bas, à côté d’une forêt ; tout à coup, un loup sortant du bois s’élance sur ces petits êtres, en saisit un et l’emporte. Aux cris des trois autres, on accourut. Le père de la victime, averti de ce malheur, réunit à la hâte quelques voisins et se mit à la poursuite de l’animal. Un coup de fusil que l’on tira, mais sans l’atteindre, lui fit lâcher sa proie. Hélas, il était trop tard. L’enfant n’existait plus. Cette pauvre petite, nommée Anne-Marie Dietrich, avait à peine 4 ans."
Deux ans plus tard, le "Journal hebdomadaire de la ville et de l’arrondissement de Belfort" du 24 août 1832 relate un autre drame qui confirme la vulnérabilité des jeunes enfants :
"Vers deux heures de l’après-midi, une troupe de jeunes garçons de la commune Frais, canton de Fontaine, sortait de la forêt appelée vulgairement le Grand-Bois, lorsqu’ils se virent pressés
par un loup qui les poursuivait à une certaine distance. Une fuite prompte éloigna du danger les plus âgés ; Frédéric This, plus jeune et moins agile, ne peut suivre ses camarades. Poussé par
l’esprit fraternel, son frère Charles lui donna la main pour l’aider à accélérer ses pas : le besoin de sa propre conservation lui fit abandonner cette main lorsque le loup était près de les
atteindre tous deux. Les autres enfants virent alors l’animal féroce emporter paisiblement (sic) le malheureux enfant et le traîner à travers les ronces et les broussailles dans la
forêt, où son cadavre fut trouvé le lendemain, à un quart de lieue de la lisière, couvert de morsures, dépouillé de ses vêtements et ayant le dessous le l’oreille gauche percé jusqu’à l’artère,
laquelle déchirure avait apparemment causé la mort du jeune garçon. "
La région a conservé de nombreuses histoires d’enfants attaqués par les loups. Même si les victimes réussissaient à s’enfuir, les morsures de ces carnassiers étaient souvent mortelles.
Quelques jours plus tard, l’horrible maladie de la rage les emportait.
Les enfants ne sont pas seuls à subir les attaques des loups, les adultes en sont parfois eux aussi les victimes. Mais si l’on excepte les hommes ivres ou pris de malaise qui se sont effondrés au
long d’un chemin et ont été dévorés, ces attaques sont exceptionnellement mortelles. Un adulte est capable de se défendre, le loup étant un animal craintif qui fuit lorsqu’on lui oppose une trop
forte résistance.
Durant l’hiver 1838 particulièrement rude, le "Journal de Belfort et du Haut-Rhin" relate ces faits : "Plusieurs de nos correspondants nous entretiennent de loups qui paraîtraient voyager
paisiblement sur divers points de notre région. La faim chasse les loups hors des bois, et ils s’approchent des habitations. Plusieurs sont venus jusque dans la commune de Fontaine dans la nuit
de samedi à dimanche. On a aperçu des bandes de loups dans la plaine de Cernay. Une battue a eu lieu dans la forêt de cette ville et un loup et une louve ont été tués par les chasseurs de Cernay.
"
Si les loups, au 19e siècle, ne se hasardent plus à rôder qu’aux abords des villes, il n’en est pas de même dans les villages où ils n’hésitent pas à pénétrer. En 1855, on signale aussi que le loup aime la chair des chiens. "… la détresse les a conduits jusque dans les villages et quelquefois en plein jour. On compte plus de cinquante chiens qui ont servi de pâture à leur gloutonnerie."
Malgré les battues, les pièges et les empoisonnements, le loup ne disparaît pas d’un coup, mais les coups qui lui sont portés font que son nombre diminue progressivement sur l’ensemble du pays au
fil des décennies. Mais il n’a pas totalement disparu entre les Vosges et le Jura. En 1891, il est encore signalé épisodiquement dans le secteur.
Dans le Journal daté du 16 juillet 1908 : "Il y avait longtemps qu’on n’avait plus entendu parler de loups dans le pays. Or voici qu’on signale une famille de ces dangereux carnassiers
qui aurait élu domicile dans les bois compris entre Delle et Réchésy. On a vu un louveteau qui s’enfonçait en forêt, en Courtelevant et Réchésy, et deux moutons viennent d’être pris à la ferme de
Saint-André."
Les derniers loups
Officiellement, le dernier loup du Sundgau a été abattu le 30 août 1908 à Hirtzbach.
Quelques années plus tard (en 1910), on signale encore la mort d’un loup à Galfingue, puis d’une louve à Schweighouse.
Dans les Vosges, c’est vers 1918 que le dernier a été abattu. Plusieurs loups tués ont été envoyés dans les musées de Colmar, Montbéliard et Belfort afin d’y être naturalisés et exposés, signale
la presse locale.
Le retour du loup
Disparu de France dans les années 1930, le loup a subsisté en Italie et en Espagne. Il a fait sa réapparition en France dans les Alpes-Maritimes en novembre 1992, sans doute venu par l’Italie.
Depuis cette date, il a étendu son territoire. Un loup solitaire a fait son apparition dans le sud du Jura en juin 2007, en égorgeant 15 bêtes et en blessant 27 autres. Quelques semaines
auparavant, un autre animal a fait quelques dégâts similaires dans le canton de Vaud, en Suisse. Les spécialistes estiment qu’il y a entre 80 à 120 en France, dans le sud-est du pays
essentiellement.
Sauf autorisation spéciale, sa chasse est interdite. Inscrit à la Convention de Berne relative à la "conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe" (19 septembre 1979),
adoptée par la France le 31 décembre 1989 et mise en œuvre par le décret du 22 août 1990, la loi protège le loup. Mais il peut y avoir dérogation dans le but de "prévenir des dommages
importants aux cultures ou au bétail ou dans l’intérêt de la sécurité publique ou pour assurer la conservation de l’espèce elle-même", comme pour le lynx et l’ours (arrêté du 17 avril 1993).
Un projet d'arrêté fixant les conditions et limites des dérogations de destruction est soumis à consultation jusqu'au 29 avril 2011. Vous pouvez consulter ce projet d'arrêté et soumettre vos observations.
Signalons quand même que depuis la réapparition du loup, aucun être humain n’a été attaqué.
Le 14 avril 2011, le quotidien régional "L’Alsace"
relate qu’un "Alsacien a peut-être photographié un loup près du Ventron, dans les Vosges, là où 18 brebis viennent d’être tuées suite à des attaques de grands canidés inconnus."
Lire l'article paru le 14/04/11
Début juin 2011, nouvel article paru dans le
journal L'Alsace "Des génisses et des vaches terrorisées à la Bresse".
Sources :
- Bulletin annuel de l’association Coeuvatte Suarcine Vendeline, par Collectif, n°3, avril 2009 - Lien sur google books
- DEVANTOY Jean, Les mammifères disparus de la Trouée de Belfort, B.S.B.E. n° 57, 1950-1951
- Journaux de Belfort et du Haut-Rhin
- Article le dernier loup à Hirtzbach paru sur notre portail d'iSundgau
- Les photos sont issues du site Internet : Faune-valais.ch
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Cordialement
Jean-Luc Valérie
Merci pour votre message. Dans l'article, les faits divers relatés par les journaux locaux datent de 1832. Le dernier loup a été tué dans le Sundgau vers 1910. Nous voilà deux mois après l'incident relaté par le journal l'Alsace (voir l'article) et un nouvel épisode alimente les craintes des éleveurs locaux. Nous avons rajouté l'encart du journal en bas de cet article. C'est de l'information et pas de la désinformation. Nous n'affirmons rien, nous relatons uniquement les histoires du passé (et du présent), sources à l'appui.
Cordialement
jlv